Natha yoga et Hatha yoga, quelques explications…


Les nâtha, nâth ou encore les nātha yogin font partie de la tradition du yoga tantrique et sont liés à un mouvement philosophique en relation avec le Shivaïsme. Le terme nâtha vient de la racine verbale (dhātu) sanscrite nâth dans le sens de dominer, être maître de. Nâtha signifie à la fois protecteur maître, seigneur, et même époux.

Le hatha yoga, le yoga de l’effort violent (hatha = force, endurance, effort soutenu) est la pratique des natha yogins, dans la ligne directe du yoga originel. La voie des natha yogins serait la lignée de transmission la plus ancienne.

On est bien loin ici du yoga marketing de notre époque ou se terme est utilisé pour tout et n’importe quoi : power yoga, yoga bikram, paddle yoga, yoga du rire, yoga des hormones,… souvent même avec copyright. Même si certains de ces « trucs » peuvent apportés quelques choses, ils n’ont rien à voir avec le yoga « originel ». D’autres ont préféré associé un nom indien au mot yoga comme le a… yoga, le v.. yoga, le k… yoga et ce n’est pas mieux, sauf pour l’aspect commercial.

Les natha yogins font remonter l’origine de leur enseignement à Adi Nâtha, un des autres noms de Shiva et représentant la Conscience elle-même. La tradition nous dit que Adi Nâth aurait donné ses enseignements à Matsyendranâtha qui lui-même les aurait transmis à Goraknâtha. Deux sages mythiques que l’on retrouve également dans les voies bouddhistes tibétaines et dans de nombreuses autres traditions et légendes. Au-delà des noms et de savoir s’ils ont réellement existés (de nombreux sages ont repris ces noms), il est plus important d’observer ce que leur archétype véhicule : Matsyendrânatha fait référence au poisson devenu homme, donc à l’alchimie du souffle, Goraknâtha, au gardien du troupeau à une notion de protection, de transmission. A chacun, par sa pratique à se relier à ces maîtres mythiques pour en recevoir également les enseignements.

La voie des nâtha yogi est essentiellement une voie pratique et d’expériences personnelles. La philosophie vient de la pratique et non d’une « masturbation » intellectuelle.

En Inde nous retrouvons deux « branches » du nâtha yoga. Une branche structurée, avec monastères, « clergé » et tout de qui va avec. Une autre branche plus difficile à côtoyer, à approcher, celle de « Monsieur tout le monde ». C’est de celle là que nous parlons. Ces nâtha yogi vivent normalement dans le monde, ils ont même un travail, une famille. Certains peuvent aussi choisir une existence plus solitaire et devenir des saddhus (moines errants), l’un n’empêchant pas l’autre. C’est pour eux une manière de protéger leur pratique, quel meilleur endroit pour se cacher que parmi leurs semblables. Dans cette branche, la diffusion de l’enseignement n’est subordonnée à aucune notion de caste, de race, de sexe. Il peut être donné individuellement ou en petit groupe, la seule qualité requise est une forte motivation (extra forte, extra extra forte,…) dans le désir de réalisation de son propre potentiel et la volonté d’appréhender les mystères du monde.

Le nâtha yoga, bien qu’abrupte est une voie progressive et concrète, qui va dans un premier temps libérer le corps de ses tensions et assurer une bonne santé avec un corps confortable que l’on puisse utiliser longtemps. Puis nous guider ensuite dans une approche du corps énergétique et ensuite nous donner accès à la « connaissance » directe, à la Conscience. Bien que les mots soient simples, au fur et à mesure, les pratiques demandent un engagement de plus en plus important, voir « héroïque ».

Sans aller dans des extrêmes, à chacun de déterminer son niveau d’engagement, en fonction de ses désirs, de ses possibilités. Le nâtha yoga propose de nombreuses techniques efficaces et applicables au quotidien pour une vie plus harmonieuse. La souplesse doit être aussi bien physique que mentale. La pratique, même si elle est parfois difficile doit rester un espace de bonheur, de joie, de saveurs, d’énergie, de paix qui doivent laisser des empreintes pour la vie quotidienne.

Quelques pratiques du Nâtha-yoga


Une pratique du nâtha yoga comprend plusieurs éléments qui sont toujours associés, même si en fonction de la recherche, on mettra plus l’accent sur un aspect particulier. La pratique va être une unification de tous les niveaux de l’être humain. On retrouvera toujours les notions de verticalité et d’immobilité.

Les éléments les plus courants de la pratique :

• La posture (asana) : elle va permettre dans un premier temps de lâcher les tensions superficielles ou profondes, en fonction de la durée puis de mettre le corps dans une configuration particulière dans laquelle on fera circuler l’énergie.

• La respiration (prânâyâma) : au départ, on va essayer de libérer le souffle physiologique, pneumatique, puis avec l’allongement des rythmes respiratoires on fera circuler l’énergie (qui est associée au souffle : prâna) dans la structure énergétique (nadi, chakra) C’est avec le souffle que l’on va arriver à gérer ses émotions et maîtriser son mental.

• Les gestes et contractions (mudra et bandha) : ils permettent de verrouiller la structure énergétique puis quand c’est possible, en les poussant de mettre le feu aux poudres.

• La fixation oculaire (drishti) : permet la stabilité mentale. Quand on les pousse à l’extrême, ces pratiques peuvent amener à l’éveil de l’énergie.

• La concentration (dharana) : permet d’occuper le mental pour rester dans la pratique, c’est la visualisation. Elle permet d’investir la structure énergétique. Ensuite, c’est la porte d’accès à la méditation.

• Les mantra : permettent l’accès à des états vibratoires spécifiques en fonction du mantra choisit

• Les yantra (forme géométrique) : ils sont toujours associés aux mantra et permettent l’accès à des couches énergétiques profondes de l’inconscient.

• La méditation (dyana) : permet de passer sur un autre registre des fonctionnements et de I‘expérience humaine

Le nâtha yoga fait aussi appel à d’autres techniques en fonctions des besoins :

• Les nettoyages (kriya) : dans les méthodologies tantriques, ils sont assez limités, on n’en fait pas beaucoup. On peut citer : jala nethi, mulashodana, certains dhrishti, certains prânâyâma.

• Le yoga « du son » avec l’utilisation des instruments traditionnels (bol tibétain, conque, gong, damaru, tambour,…)

• Le natha yoga peut aussi inclure des applications thérapeutiques (ciktisa), pour aider à résoudre certaines difficultés ou les prévenir.

• Des pratiques de groupe (Yajna) : en général les pratiques du yoga sont des pratiques solitaires, même si l’on peut pour recevoir l’enseignement en groupe, on travaille seul. Il y a certains espaces, des rituels (puja), où on se réunit et dans lesquels on travaille tous ensemble sur un thème autour de l’énergie. On mélange nos énergies pour les faire circuler entre nous. C’est assez rare. On peut dire que 90 % de la pratique de yoga est solitaire et il y a quelque moment où l’on se réunit pour « booster » les énergies.

• Le yoga « des braises » (pavaka) : on pratique dans une ambiance surchauffée avec des mantra et quelques postures pour un nettoyage physique, énergétique et mental.

• Le yoga du sommeil éveillé (yoga nidra) : se mettre dans une détente profonde pour arriver dans un état entre deux (entre sommeil et veille), puis on se laisse aller dans un voyage intérieur qui dépend de se que l’on souhaite (il y a environ une trentaine de yoga nidra codifiés)

Il existe d’autres membres du yoga, mais il serait trop fastidieux de tout énumérer ici. Rien ne remplace un enseignement direct.